Un dimanche en Lorraine
Par Do le mercredi, novembre 11 2009, 17:47 - Lien permanent
En voguant sur le net, je suis tombée sur cet excellent blog, un dimanche en Lorraine. Magnifiques photos qui ont eu un effet "madeleine de Proust" assez instantané sur moi. Moi qui me languis tant de ma Lorraine, moi qui suis si nostalgique de cette enfance auprès de mamie et papy, à l'écluse, je me souviens...
Je me souviens de "l'écluse de mamie" (hé ouais, chuis petite-fille et arrière-petite-fille d'éclusière moi m'sieurs-dames!), de la "guitoune" avec les boutons et leviers pour actionner l'écluse et les vannes quand une péniche s'annonçait amont ou aval. Je me souviens de la fois où j'ai bu la tasse dans l'écluse (remplie, hein) (vide, on aurait moins rigolé moi je vous le dis), et papy qui riait devant mes grosses larmes de crocodile, tout en me frictionnant avec une serviette pour me réchauffer. Je me souviens de mamie qui fleurissait le parterre devant l'écluse, pour que ça soit joli. Je me souviens de ces mariniers qui transportaient, chacun leur tour, la Ste Marie de la mer. Je me souviens des étés passés assis sur la marelle avec la couz', à se chauffer le cul sur la pierre et à essayer d'attraper les lézards qui venaient faire de même. Je me souviens des matins encore nuits, si froids, des ragondins gros comme des caniches dans la lueur des phares de la voiture paternelle, de leur 'audace' à ne même pas fuir alors que nous approchions et de mon père sortant en criant pour les effrayer. Je me souviens de ces nombreuses fois où les pompiers sont intervenus pour repêcher des morceaux de corps qui s'étaient pris dans les portes de l'écluse, je me souviens de la fois où ils ont même carrément mis hors eau toute une partie du canal pour chercher d'éventuels restes (et que mon père en avait profité pour chopper 3/4 énormes silures que l'on a mangé en famille ensuite)(merde, en écrivant ça je me rends compte qu'on a sûrement mangé du cadavre humain, du coup, en sus du cadavre ichtyen). Je me souviens du bruit de l'eau, tout le temps en permanence, et qu'il ne m'a jamais incommodé. Je me souviens des médailles du travail de Papy, qui venaient de la Lorraine Charbonnière. Je me souviens de mon cousin, Mika, debout sur le rebord de fenêtre de la cuisine (au rdc hein), et qui pissait, cul nu (précurseur de l'HIN, le cousin? ^^) dans les jardinières de géranium de mamie, devant le regard amusé des mariniers qui passaient dans l'écluse à ce moment-là.
Je me souviens du commerce de la marine, en face de chez mamie (en face de la maison de l'éclusier quoi), tenu par Marcel et Ginette. Je me souviens être allée chez eux leur porter des revues, je me souviens même de l'odeur de renfermé de leur magasin, des crocs de boucher ici et là qui ne servaient plus, et du "pschit" que Ginette me servait dans un verre à moutarde. Je me souviens du jour où Ginette est "partie".
Je me souviens de la pharmacie Ehrenfeld, si belle, si jolie (oui, belle et jolie ça veut dire la même chose, ET-A-LORS?), avec les étagères d'apothicaire et les pots à onguent. Je me souviens du pharmacien qui m'appelait "bibiche" ou "cocotte" (même quand j'avais passé l'âge qu'on m'appelle bibiche en public), qui me parlait de la "Vévètte" (ma grand-mère).
Je me souviens du bazar de la mère Toussaint, où j'achetais les fils à scoubidous quand mamie me donnait 5 francs. Je me souviens du commerce presque en face, tenue par deux soeurs (j'ai oublié leur nom), qui faisait mercerie et où on achetait les écheveaux de coton pour canevas. Je me souviens de la "Mère Buller" toujours à vélo, toujours pimpante, toujours avec sa mouche au-dessus de la lèvre. Je me souviens de cette dame qui m'a chanté "Le temps du muguet" en russe dans le bus que je prenais pour rentrer de l'école, et que mamie connaissait (en même temps, mamie elle connait tout le monde, hein). Je me souviens de la coop, où l'on allait très rarement, mamie préférant l'Intermarché un peu plus loin. Je me souviens des éclairs à la vanille et à la banane, à la boulangerie "du milieu". Je me souviens des périodes de rentrée scolaire où j'allais, avec mon bon d'achat de la mairie, chez Mion bureau de tabac-presse, pour des cahiers et des crayons. Je me souviens du curé, Sébastien, qui a baptisé mes cousins et enterré papy.
La ferme et le bazar de la mère Toussaint ont été rasé, à la place on y a construit un "Petit Casino'" (le truc pour faire ses courses hein, pas le truc pour perdre de l'argent de façon festive) et un parking. Le pharmacien ne travaille plus, c'est sa fille qui a repris le flambeau -et fait rénover la pharmacie, quel dommage), la mère Toussaint est décédée, ainsi que les soeurs de la mercerie. Ça fait belle lurette que je n'ai plus droit aux bons d'achat pour la rentrée. Mamie habite toujours dans cette ville, mais dans un foyer-résidence pour personnes âgées, depuis que la DDE l'a sommé de rendre la maison d'éclusier où elle vivait. L'écluse a été rénové-automatisé, le nouveau locataire (qui n'a plus d'autre fonction que celle de locataire puisque l'écluse est automatisée) est un sacré con (pardonnez-moi l'expression), il a fermé, "barriéré", clôturé le chemin qui passe devant la maison de l'éclusier et qui se poursuit le long de l'écluse, et ne tolère aucune présence devant chez lui (mon Dieu que c'est triste). Mika a 20 ans et ne pisse plus cul nu devant des inconnus (en tout cas je l'espère!).
Bref...


Commentaires
Une tranche de vie très joliment raconté et avec Style!
De la Lorraine, plutot de la Meuse, je connais très bien Thillombois et St Mihiel ! (Ma grand mère vivait a St Mihiel et deux cousins et cousines de mon père vivent a Thillombois!)
D’ailleurs, les photos d’aout, d’O. sur mon blog, sont prise a ‘la Garenne”, a St Mihiel! ;)
Dis donc, que de chouettes souvenirs ! la compagnie l’Etoile et la Lanterne de Nancy a fait un travail de collecte de souvenirs de quartier, bon, c’est sur le quartier saint nicolas, mais jette un petit coup d’oeil: http://letoileetlalanterne.free.fr/…
(je fais un peu de pub pour ma compagnie en même temps, ^_-)
En tout cas, c’est très chouette de faire partager des petits moments de vie comme ca. Je ne regarderais plus l’écluse de la même manière, c’est sûr!
Madeleine de Proust quand tu nous tiens