Les avis, c'est comme les madame Michu...
Par Do le jeudi, novembre 12 2009, 22:59 - Lien permanent
Ah non, ce n'est pas ça l'expression populaire. Mais plutôt (et moi aussi je parle comme un charretier, ptit clin d'oeil à Terf) qu'un avis c'est comme un trou du cul, tout le monde en étant doté de façon plus ou moins innée. Même (et surtout, d'ailleurs) les Madame Michu (également appelées ménagères de moins de 50 ans qui aiment bavasser sur tout et rien, surtout les sujets qu'elles ne maîtrisent absolument pas, tant qu'à faire).
D'habitude, les avis des Madame Michu, je m'en bats les ailes d'une force assez phénoménale pour ne même pas y penser. Et puis aujourd'hui, je ne sais pas, peut-être un effet de l'influence lunaire, ou quoi, je me suis sentie sortir littéralement de mes gonds en lisant les noooombreux commentaires madame-michuesques à propos de cet article publié sur le site du Nouvel Obs. Alors bon, là je me dois aussi de préciser que le site du Nouvel Obs est devenu depuis quelques temps aussi pertinent intellectuellement que la rubrique des chiens écrasés de la feuille de chou locale. Entre les erreurs d'orthographe, de grammaire et/ou de conjugaison, l'intérêt certain des articles pour peu que l'on soit déjà un lecteur assidu de "Détective" (franchement mais merde, qu'est-ce qu'on s'en fout de savoir que le mec qui a été assassiné a été énuclé scalpé gnagnagna? Stoppez ce voyeurisme immonde bordel de merde!), il va de soi que "le niveau baisse" (Panem et circenses hein...).
Et donc, en lisant vite fait cet article sur l'acharnement thérapeutique, qui est un sujet qui m'intéresse énormément, que je maitrise suffisament pour savoir de quoi je parle, et surtout auquel je suis "confrontée" quotidiennement parlant dans mon exercice professionnel (je rappelle une fois de plus que je travaille depuis 2 ans dans un foyer d'accueil médicalisé pour adultes polyhandicapés, et que sur 39 résidents il y en a environ hum, 37 concernés par l'acharnement thérapeutique à la naissance), je m'attendais à des réactions posées, pertinentes et saines. Et bien entendu, j'y ai lu tout le contraire, absolument l'opposé parfait de ce que je m'attendais à y trouver. Des avis basiquement sans intérêt, de personnes qui ne savent pas de quoi elles parlent, ni de quel type de handicap, ni de quel quotidien. Des personnes qui s'offusquent car ô mon Dieu les ignobles parents ont réclamé 500.000 euro de dommages parce que des toubibs se sont acharnés pendant 30 minutes, 30 longues minutes, sur le corps sans vie (et surtout sans oxygène) de leur nouveau-né, le réanimant sans même se fixer de limite dans le convenable et le souhaitable pour l'avenir de cet enfant.
OUI, réanimer quelqu'un, enfant, nouveau-né ou adulte SANS OXYGÉNER SES ORGANES VITAUX (dont l'encéphale), c'est une pure hérésie, une erreur médicale, un acharnement thérapeutique.
OUI, leur enfant vit, mais QUELLE VIE? Polyhandi, il ne parle pas, ne voit pas, n'entend pas, ne bouge pas, est nourri par GEP (par sonde), fait dans des couches jour comme nuit. A-t'il même 'conscience' d'être là? Quelle vie lui a-t'on offert, quelle vie a-t'on imposé à ses parents qui doivent se battre pour lui trouver une place en structure, pour acquérir du matériel sur-mesure extrèmement coûteux et qu'il faut renouveller très souvent.
Voilà, ma colère s'apaise un peu, je vais clôre mon ptit billet puisque les madame Michu concernées ne risquent pas de venir par ici, mais putain, ça me fout vraiment hors de moi ce genre de réaction (un peu comme quand on fait une sortie avec nos résidents et qu'on se fait tous regarder de traviole) (Genre "Ah, ils sortent les monstres, le cirque est en ville").
Alors j'invite toutes les Madames Michu qui me diront que les parents feraient mieux de remercier à l'infini ces médecins qui ont sauvé leur enfant à venir passer une journée et une nuit au FAM où j'officie, histoire de voir un peu de qui on parle...
(Bon oué j'ai conscience que c'est chaud de commenter un billet comme ça, mais là fallait que je crache mon venim)


Commentaires
Parfait,j’aurais pas dit mieux.Exactement ce que je pense.Je me souviens d’un petit patient,Manu,né dans les année 1975,les débuts de la réanimation néonatale.
Le papa médecin,la maman dans le domaine paramédical.
Petit Manu réanimé pendant 45 minutes,mis dans une couveuse à UV sans lunettes de protection(oui les UV brulent les yeux).
Aujourd’hui,Manu,Jeune homme frêle,qui à gardé sa position foetale,qui ne sait même pas qu’il existe,absence totale de communication orale et en ce qui concerne les autres formes de communication,rien n’est prouvé qu’il soit réceptif.
Manu pousse les hurlements constamment,se frappe(parait que c pour sentir son corps)Est aveugle,incontinent,alimenté à “la bécquée” des repas mouliné,toujours identique,sans texture et sans saveur(mouliné car risque accru de fausses routes).État végétatif quoi,dans toute sa splendeur.
Je pense à lui(mais hélas il n’est pas le seul,mais on ne sais pas toujours que ce genre de personnes existent car on en croise pas tous les jours et pour cause…).
Voilà,Manu à une vie incompatible avec les vie de Mr tout le monde.
Pourquoi est il de ce monde?Pourquoi cet acharnement à la naissance?Si il avait été le fils d’un ouvrier,un employé etc…aurait il eu une telle réanimation?
La vie des parents est brisée(les parents refusent de le voir,cela est encore trop douloureux et cela plus de 30 ans après)La vie de Manu,que dire…nul ne peux l’envier.
J’ai eu la chance de travailler avec une collègue qui avait un frère polyH dont je me suis occupée jusqu’à sa mort.
Elle m’a expliquée la souffrance ressentie au sein de la famille,la rupture des liens,le manque de choix de carrière:Bosser pour subvenir au besoin du frère malade…Bref,une catastrophe familiale dont je ne me doutait pas lorsque je m’occupais de lui.Parlons aussi du coût d’une hospitalisation longue d’une vie en service spécialisé…Tout cela nous amène nous soignants a nous poser des question qui sont pour le coup existentielles.
Je ne suis pas là pour juger de qui doit vivre ou pas,rien de cela.Je suis là pour m’occuper au mieux d’eux,apporter un semblant de vie là où tout est néant.
Je sais simplement que si la question venait à se poser à moi lors d’une grossesse,moi choix serait sans appel(et la question s’est déjà posée pour moi,donc,j’ai eu le temps de peser le pour et le contre).
Voilà,je suis de tout cœur avec toi et je tire mon chapeau a toutes ces soignants surtout AS qui soignent de leur mieux ces personnes,malgré la fatigue accumulée par ce travail de force,malgré la non reconnaissance des patients(évidemment) et des familles,voir même de la hiérarchie.Ce travail est chrono-phage et le risque d’épuisement y est bien réel et d’une rapidité foudroyante.
Bisous Do,et si tu veux faire bouger encore plus les choses…Tu sais ce qu’il faut faire.
Bisous
“Pourquoi cet acharnement à la naissance?”
http://www.pallianet.org/fileadmin/…
http://www.promesses.org/arts/155p1…
Merci Adel, j’aurai pas dit mieux non plus sur ce que tu as raconté, putain que ça me prend aux tripes tout ce que tu dis (et comme toi, je sais quel choix nous prendrions si la question se posait durant une grossesse).
Comme je le disais dans un billet précédent, un résident est décédé samedi dernier, V., pour ne pas le nommer. V. est né sans subir de réa, mais quand il avait 3 ans il s’est noyé en eau douce (dans une piscine). Anoxie cérébrale longue, coma, état végétatif, les toubibs se sont franchement acharnés sur lui pour le maintenir en vie, en intervenant à chaque fois un peu plus, pour le faire vivre un peu plus longtemps (mais pour quelle qualité de vie putain???); les parents ont divorcé, la maman a coupé les ponts (et jamais je ne me permettrais de la mal juger), le papa a porté son fils à bout de bras pendant 19 ans.
V. est mort à 22 ans, il avait une trach (pour lui permettre de “mieux” vivre), une GEP pour l’alimenter, et un ptit staph auréus BMR récolté à l’hosto histoire de pimenter les choses. Et quand on m’a annoncé son décès, le 1er mot auquel j’ai pensé c’est “liberation”.
Pour faire bouger les choses, faut que je deviende ministre de la Santé, c’est ça? :p
En tout cas énormes bisous Adel!
Ah oui j’oubliai de préciser,moi pareil,je ne juge pas le fait que les parents ne viennent plus voir leur enfants,frère…handicapé.C’est certainement trop dur et je pense que je ferai de même.
C’est vrai qu’on peux difficilement imaginer cette souffrance.De ce que j’ai remarqué,seulement 10 pour cent des familles sont présentes.Et quand elles sont présentes,elles essayent d’avoir un peu d’autorité et cela se traduit par:faire suer l’équipe soignante pour une chaussette perdue(par exemple).
Mais voilà,on respecte,c’est une façon de montrer qu’ils s’occupent comme ils peuvent de leur malade.
On ne peux pas juger l’abandon des famille,seulement le comprendre(et c’est pas dur quand tu vois le tableau,cette plaie ouverte,ce deuil d’enfant idéal…)et surtout respecter leur choix.Ils ne sont pas mauvais parents,ils font juste comme ils peuvent et c’est déjà beaucoup.
De tout cœur avec toi et que le vie nous épargnent de cette injustice.
@Forth : Ah oui,d’où la loi Léonetti!Grâce à cette loi,on ne trouve plus de radiologue qui font l’écho du deuxième trimestre,censée détectée les anomalie in utero.
@Forth : Ah oui,d’où la loi Léonetti!Grâce à cette loi,on ne trouve plus de radiologue qui font l’écho du deuxième trimestre,censée détectée les anomalie in utero.