Aujourd'hui, c'est mon anniversaire. Ça fait 28 ans qu'un beau matin, un gynéco a décidé de mettre fin au dépassement de terme de ma mère (et à l'époque on laissait de la marge, je suis née 3 semaines après terme) et qu'il a sorti son plus joli bistouri pour procéder à une césarienne. Parait que quand je suis née, j'avais 2 tours de circulaire du cordon et que j'étais toute cyanosée, il était temps, quoi. Bref.

Normalement, comme c'est mon anniv, c'est à moi qu'on fait des cadeaux. Mais comme je n'ai pas envie que vous consommiez pour moi, je vais déroger à la règle et vous faire, moi, un cadeau.

Je ne l'avais pas encore publié, alors voici le récit de la naissance de mon Ptitchat.

Bonne lecture!


Lundi 19 octobre, 19h30 à peu près. Nous arrivons à la maternité du CHU, chargés comme des mulets. On m'avait dit de venir à 18h, je suis un poil à la bourre, mais je m'en fous.
Ascenseur, étage 3, on arrive dans un service au look très seventies, une douche pour toutes à l'entrée du service (il n'y en a pas dans les chambres), murs oranges, marrons. À peine arrivés, déjà repérés par les sage-femmes qui m'attendaient de pied ferme depuis 18h, on m'installe dans ma chambre: la 211. Chambre seule, YES! (eu égard à ce que je vais vivre le lendemain, c'est-à-dire la césa), et j'ai une petite salle d'eau avec lavabo et wc dans la chambre. Ma foi, c'est mieux que rien!
La sf arrive, me monitore pour 1h, l'aide-soignante vient à son tour et m'amène les produits pour la douche pré-op du lendemain matin, on m'apporte un repas (mais je n'ai pas très faim).
Et puis c'est la relève, arrive la sf de nuit qui m'explique le déroulement des hostilités: demain ça sera réveil à 6h puis douche, puis prise de sang pour vérifier quelques constantes, puis pose de la VVP, puis pose de la sonde urinaire, puis attente... Je suis prévue en 2ème sur le planning opératoire, elle pense que je serai prise au bloc aux environs de 10h. Ok ok.
Ma crapoute et son papa repartent, ça me fait vraiment drôle d'être seule ici, sans personne. J'appelle ma famille, on discute, on déconne. Et puis c'est le moment pour eux d'aller dormir, je reste seule avec mon bouquin (méga daubesque, mais qu'est-ce qui m'a pris de vouloir lire le dernier tome de la trilogie des Dieux de Werber, vraiment quoi ). Demain j'aurai mon fils dans les bras, pfiou... C'est vraiment étrange d'avoir rdv avec son accouchement, j'ai déjà la nostalgie du gros bidou...
Je ferme les yeux aux alentours de 4h du mat, la nuit me parait bien courte quand la sf me réveille 2h plus tard ^^ La tête dans l'pâté, je file sous la douche, et je me prépare pour le restant (un poil moins agréable): le sondage urinaire. Mouerf, pour Crapoute j'avais été sondée sous péri, ben j'peux affirmer aujourd'hui que c'est quand même plus sympa que 'à vif' hum...
Sondée, piquée, parée de ma plus belle chemise fendue, je n'ai plus qu'à attendre qu'on vienne me chercher. Je ne me sens pas stressée, le fait d'avoir déjà eu une césa sans doute? Et puis je ne réalise pas vraiment, je n'ai pas envie de me projeter dans 'l'après césa', je veux juste 'profiter' du moment présent, ne pas me poser de questions.
La sf de nuit vient me voir une dernière fois, et puis c'est celle de jour qui arrive, il est 8h. Elle se présente, et me dit que... on vient me chercher de suite. Et en effet, 5 mn plus tard, un brancardier super sympa vient, avec tout son 'staff': une aide-soignante, une élève sage-femme, et un élève infirmier anesthésiste. Ils m'expliquent que la 1ère dame attend toujours que son mari arrive, et que du coup c'est moi, la sans-mari, qui passe en prem's. Wouah, moi qui pensais que j'allais devoir me farcir les rediff de Plus belle la vie jusqu'à 10h, on y va! ON Y VA!!!!

On descend donc au bloc, 2ème étage. C'est l'effervescence, je reconnais le toubib anesthésiste (c'est lui que j'avais vu en consult), je l'entends dire "À moins le quart on l'installe, à 9h on incise!". Il est sympa hein, tout le monde l'est, d'ailleurs. J'ai un peu de mal à repérer qui est qui, avec les masques et les charlottes c'est dur de mettre un nom sur une paire d'yeux ^^ Ce qui est génial c'est que l'anesthésiste me laisse mes lunettes, je peux donc tout voir. Bon, pas de reflets malicieux qui me laisseraient voir l'intervention (tant mieux, finalement), mais voilà, au moins j'y vois clair.

On est dans le bloc, je m'installe sur la table. L'interne va me faire la rachi... Je commence à angoisser un peu, j'ai peur de la douleur. J'ai peur d'avoir mal, de passer de "Aaaaaah je vais super bien, je n'ai mal nulle part" à "Ouille ouille ouille purée que j'ai mal" d'un coup d'un seul. Je m'installe en position dite du dos rond, l'interne pique pour l'anesthésie locale, ça va. Là je sais que maintenant il enfonce le gros trocart pour la rachi, mais ça va, je gère. Sur le moment je me dis que finalement ça n'est pas forcément une chance que de connaitre ce milieu et de savoir tout ce qu'on me fait...
Bref, rachi posée, j'ai la jambe gauche qui tressaute, je sais que c'est normal. On me rallonge, on me fixe chaque bras, tension à droite, perf à gauche. La rachi fait effet, je ne sens plus mes pieds, et je sens que ça "remonte". L'interne me passe un glaçon sur les pieds, je ne sens rien. Sur le ventre, je sens encore le froid. On attend.
Il en profite pour m'injecter des antibios, et là tout d'un coup je me sens mal. J'ai la nausée, des vertiges, ma tension chute, je demande un haricot pour vomir. Quelques haut-le-coeur plus tard, ça va mieux. Enfin l'interne en chir arrive, elle s'appelle Fanny, elle m'explique qu'on attend la gynéco et qu'on y va. La gynéco arrive, ne se présente pas (hum ), on monte le champ, j'entends l'interne dire qu'elle fait le badigeon, et puis c'est partiiiii... L'élève sage-femme est adossée contre le mur du bloc, elle regarde. Le staff anesthésie s'excite derrière moi, mais tout va bien. J'entends le scritch scritch du bistouri électrique, je "sens" qu'on me pose les écarteurs, je sens une pression en haut de mon ventre et je sais que ça doit être l'interne qui appuye pour faire descendre mon ptit chat.
Et puis soudain, le bruit le plus divin que je connaisse: mon fils pleure. Du coup ben, je pleure aussi hein ^^ Je ne vois pas l'horloge de là où je suis, mais je suppose qu'il est à peu près 9h30. Une sage-femme amène mon ptit chat, il est dans un lange, elle l'approche de mon visage, il est beaaaaaaaaaaau et la ressemblance avec sa soeur me frappe de suite, j'en rigole même toute seule tellement que ^^ (en vrai j'ai dit à la sage-femme que je la croyais, que c'était bien mon fils et que personne ne l'a échangé contre un autre bébé. La sf me dit qu'elle l'emmène pour quelques examens et que je l'aurai tout bientôt avec moi. Je suis très sereine, je sais que mon fils va bien, je n'ai pas mal, j'ai juste à attendre que la gynéco ait fini sa couture et tout ira bien. Quand soudain parmi les mots "suture", "0.2", "acrylique", j'entends "agrafeuse". Ni une ni deux, j'interpelle la gynéco et lui dis "Vous allez me mettre des agrafes?????" elle "oui oui, comme c'est une 2ème césarienne il vaut mieux, ça fait de plus belles cicatrices". Tain mais je m'en fous qu'elle soit belle ma cicatrice, de toute façon on ne la voit pas en temps normal vu qu'elle est cachée par les pwals. Pfff, des agrafes, fait chier. Mais bon, j'suis pas vraiment en capacité de me lever pour me barrer avant qu'elle les pose, donc je reste ^^

Et puis voilà, c'est fini. On me transfère sur un brancard, moi, ma poche pipi, mes perfs, ma seringue électrique. Ah tiens encore une nouveauté, je n'étais pas sous acupan pour ma 1ère césa , et évidemment dès la mise en route de l'acupan les effets secondaires débutent: ça me gratte partout... Youki...
Arrivée en salle de réveil, j'suis la prem's (fatalement hein ^^). Tout le monde est aux petits soins avec moi, j'arrive dans un lit (c'est mon lit en fait, mais sur le coup j'ai pas fait gaffe) tout chauffé, après le froid du bloc c'est raaaaaah, super agréable
Et puis quelques minutes plus tard mon tout petit arrive, bien entouré ^^ Il est dans un lange, il a juste une couche et un bonnet, et on me le pose en peau-à-peau. De suite il cherche à têter, et hop, c'est parti mon kiki! Il passera 45 mn à téter puis s'endormira contre moi, bien emmitouflé et au chaud. J'en profite pour le regarder, regarder ses petites mains, ses grands doigts, ses quelques cheveux... Il est tout blondinet, il est beau, mon Dieu qu'il est beau... Je me sens si comblée, si heureuse, une vraie plénitude.
2h après (oué, quand même), on me dit qu'il est temps que je monte en chambre. Mes jambes se réveillent, je n'ai pas mal, et puis j'ai envie de voir si Crapoute et son papa sont arrivés (vu que je pensais passer à 10h, j'avais dit à l'heureux papa que je ne serai pas remontée en chambre avant 14h...).
On me prend Ptit chat pour l'habiller (avec les habits de l'hosto, merde alors que j'avais préparé la petite pile de vêtements pour lui). Arrivés en chambre, l'aux prend sa tempèt, il a froid. Alors hop, c'est reparti pour quelques heures de peau-à-peau

Pis voilà, le reste du séjour se passera nickoul. Levée le soir même de la césa, je ferai la nuit "à ma façon" (c'est-à-dire que je vais me lever toute seule en traînant ma potence avec seringue électrique et perf, et la sonde pipi accrochée en bas), Ptit chat têtera toute la nuit durant, me laissant peu d'heures de répit (et même schéma pour la 2ème nuit), mais avec à la clé une montée de lait le matin de J2. La sage-femme ne me croyait pas, elle a voulu tâter du néné pour voir si je disais vrai (bah elle a vu que c'était pas des blagues ^^).
Dépiquée-désondée le lendemain de la césa, et zou sous la douche de suite, tellement j'en pouvais pu de me sentir crassouse.
L'équipe était vraiment à l'écoute des désirs de la maman, on m'a proposé plusieurs fois de reporter le bain à l'aprèm si j'étais trop crevée le matin, on m'a laissé dormir (on NOUS a laissé dormir) jusqu'à des 10h/10h30, bref: c'était bien chouette.

Edit, depuis l'écriture de ce récit:
- Les agrafes c'est vraiment chiant, elles m'ont fait souffrir le martyr, bien plus que l'incision en elle-même. La plaie se refermant mal, j'ai gardé 1 agrafe sur 2 un peu plus longtemps que prévu. Et puis quand il a fallut les ôter je n'ai trouvé personne de dispo pour le faire, donc je l'ai fait moi-même, mais c'était chaud-boulette. N'empeche que sur le coup j'étais bien contente d'avoir fait des études d'infirmière!
- Bien sûr, ce n'est pas du tout l'accouchement dont je rêvais. Je ne voulais pas me faire encore opérer d'un bébé, et c'est ce qu'il s'est passé...
- J'ai eu le compte-rendu opératoire, et j'ai halluciné de voir que Ptit chat avait 3 tours de circulaire du cordon. Il nous bat, moi et sa soeur, à plate couture (2 tours pour nous).
- Bien sûr, j'aurai préféré être à la maison et faire selon mon rythme à moi. Mais encore une fois, entre l'hospit au CHU et celle à la clinique pour la naissance de Crapoute, rien à voir. Au CHU on ne venait pas me déranger toutes les 10 minutes, de 8h du mat' à 15h (à la clinique, si). Alors forcément, je trouve que le CHU est bien plus respectueux du rythme des mamans que la clinique (et ils sont vraiment pro-allaitement à fond, c'est quand même sympa de se sentir soutenue, même si je n'ai eu aucun souci de ce côté-là).